Cette nouvelle en plusieurs parties démarre ici.
La recette du philtre était immensément complexe, et il fallait exécuter toutes les étapes avec une attention toute particulière sous peine de le rendre parfaitement inoffensif. Celle-ci était composée de trois parties. Dans la première, il fallait faire frotter l’ail contre la dent de singe cinq cent vingt trois fois. Dans la deuxième, il fallait faire bouillir l’air et la dent de singe dans une grand marmite cinq cent vingt trois minutes. Dans la troisième, il fallait, feu éteint, rajouter la dent de dragon, et mélanger en tournant cinq cent vingt trois fois. Ces étapes devaient impérativement être réalisés avec une très grande minutie, et c’est avec une certaine anxiété que Merlin était en train de frotter la gousse d’ail contre la dent de singe, en se concentrant sur son comptage pour être sûr de ne commettre aucune erreur.
Alphonse avait terminé de faire mine de réfléchir. Il se grattait la tête, le regard porté dans le vide. C’était la deuxième partie de sa technique pour faire augmenter le prix. Cette partie là était un peu moins efficace que la première, mais Alphonse y tenait, alors il l’exécutait quand même.
Merlin avait frotté la gousse d’ail sur la dent de singe le nombre de fois requis. Il prit sa plus grande marmite, mit le feu, attendit l’ébullition, et plongea la gousse d’ail et la dent de singe, le regard figé sur un sablier. Il avait disposé trois sabliers en face de lui. Le premier mesurait précisément cent minutes, le deuxième vingt minutes, et le dernier une minute, si bien qu’il devait retourner le premier sablier cinq fois, le deuxième une fois et le dernier trois fois. Merlin était très concentré, il s’agissait de ne pas se tromper.
Alphonse avait terminé de se gratter la tête. C’était le moment où il annonça son prix.
Dans le même temps, Merlin n’était plus très sûr du nombre de fois où il avait retourné le premier sablier. Il le savait, il aurait du le noter.
Cloporte accepta immédiatement de conclure au prix annoncé par Alphonse, qui se dit qu’il aurait peut-être pu annoncer un prix supérieur, qu’elle aurait payé. Malgré tout, les affaires, c’est les affaires, et il honora sa part du contrat. Il rentra chez lui, ouvrit un coffre en argent, en extirpa une dent de dragon, et la tendit à la princesse, qui fit signe à son cocher de retourner immédiatement chez Merlin.
Merlin s’en voulait d’avoir perdu le compte, lorsqu’il trouva un moyen simple de se remémorer : le sablier était fendu sur un côté, et il savait que ce côté était en haut. Cette information lui permit de retrouver le compte exact du temps qui s’était écoulé, et c’est avec succès qu’il eut fait bouillir pendant cinq cent vingt trois minutes l’ail et la dent de singe lorsque Cloporte revint chez lui, la dent de dragon à sa disposition.







