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Bonne humeur et blanc bonheur, partie 1

Jeudi 25 février 2010

rose

Mika frappa à la porte. Il arborait une combinaison Cerruti noire posée sur un t-shirt blanc, les cheveux bruns coupés ras, la barbe naissante contrôlée et une bague en or blanc soigneusement positionnée sur son index gauche. Un dernier coup d’œil dans le rétroviseur de sa Porsche grise toutes options (celles du catalogue mais aussi celles en dehors) lui avait donné l’assurance que sa coiffure était impeccable et qu’il était fin prêt pour la positivation.

— Oui ?

La femme qui ouvra la porte avait la quarantaine bien tassée. Un observateur finement placé aurait pu déterminer qu’elle venait de se lever : mais c’était là bien méconnaître les habitudes vestimentaires de Lorenza Fortevica. Femme désavouée d’un riche homme d’affaire italien, cette ancienne top-model était depuis bien longtemps trop affairée à se lamenter sur son triste sort pour pouvoir accorder ses habits avec les coutumes scélérates de la société qui l’entourait ; aussi il n’était pas inhabituel pour elle de revêtir une robe de soirée pour le petit-déjeuner, tout comme il pouvait également lui être parfaitement agréable de faire son repassage en maillot de bain ou encore de faire ses courses en tenue de ski. Là, Lorenza Fortevica avait décidée de rendre visite à son garagiste et ami Toni (beau mâle, musclé, sec, grand, vingt et un ans, imberbe et portant ce délicieux parfum de chez Azzaro). C’est donc tout naturellement qu’elle fit un tour mental de ses robes de chambre avant de choisir celle qu’elle avait ramenée d’une visite à Venise, d’un certain couturier excentrique, vieux et charmeur, le crâne aussi dégarni qu’il était amusant. Il aimait à se faire appeler Bingo King, et avait bien entendu été l’un de ses nombreux amants — c’est de cet amour aussi lubrique, passionnel et superficiel que Lorenza avait ramené ce merveilleux pyjama jaune.

— Chère Madame, dites-moi, ai-je le plaisir de parler à Madame Lorenza Fortevica ?

Lorenza dévisagea son inconnu de haut en bas. Il était beau : de là, elle pouvait en déduire qu’il s’agissait sûrement d’un homme de confiance, et passa rapidement les autres vérifications mentales avant de continuer l’entrevue.

— Pour vous servir, répondit-elle. Ne restez pas dehors voyons, procédons à l’intérieur si vous avez l’obligeance de bien vouloir me suivre.

Mika sortit subrepticement un calepin de sa poche, vérifia une indication, puis suivi Lorenza dans les dédales de sa demeure. Il compta au moins huit portes sur le côté gauche du corridor et autant sur le côté droite avant de rejoindre une gigantesque pièce qui occupait deux étages de la maison et au centre de laquelle était disposée en triangle une fontaine en marbre décorée de plantations aussi esthétiques que verdoyantes, un piano à queue qui semblait rivaliser avec les miroirs de l’entrée tellement le vernis semblait fraîchement disposé et une statue hindoue d’un goût douteux dont le seul intérêt semblait effectivement de compléter le triangle décoratif.

— Installez-vous donc dans ce canapé. Vous voulez un café ? Ou peut-être un jus de fruits ? Pourquoi pas les deux ? Je reviens.

***

En un éclair, Lorenza était repartie, laissant à Mika le loisir d’observer plus finement la décoration. La partie sud était occupée par une énorme baie vitrée cathédrale, dont la légèreté contrastait agréablement avec le reste de la pièce qui semblait pouvoir occuper sans discussion une place dans le livre Guinness des records à la section consacrée aux aménagements intérieurs comprenant le plus grand nombre d’objets. En vrac, Mika put distinguer un ours en peluche blanc, un ours en peluche blanc avec des cœurs, un ours en peluche blanc avec des cœurs et un nœud rouge, un ours en peluche marron, une reproduction de la tour Eiffel en métal, une reproduction de la tour Eiffel en plastique noir, un tableau représentant les deux reproductions qu’il venait de voir côte-à-côte, un vase en verre rempli de petits papiers (eut-il eu le courage de s’en approcher qu’il aurait repéré des tickets de métro usagés), un vase en verre rempli de gros papiers (eut-il eu le courage de s’en approcher que, cette fois-ci, il aurait repéré des billets d’avions usagés), une statue représentant…

— Voilà, voilà.

Pris dans son élan contemplatif, Mika en avait presque oubliée la présence de Lorenza. Celle-ci avait pris la coquetterie de revêtir un chapeau jaune assorti, subliment décoré d’un réel petit poussin empaillé.

— Et bien, mon cher Monsieur, que me vaut l’honneur de votre visite ? Je crois, si je ne me trompe, que nous n’avons pas encore été présentés ?

— En effet, ma chère Madame ! Je suis Mika Trösdendorf, et je viens frapper à votre porte, car il se trouve que nous sommes voisins.

— Vrai ! Quelle chance. (Elle ravala un petit sourire coquin.) Vous devez être heureux d’habiter ce quartier ! (Un autre sourire coquin, délicatement transformé en clin d’œil.) Ah ! mais, assez parlé de moi, dites-moi donc, qui êtes vous ? Qu’est-ce qui vous amène parmi nous ?

Mika obliqua à nouveau son regard vers son petit calepin.

— Et bien, les affaires ! Je suis consultant en placement financier et mon patron clame que « malgré la crise, business as usual » — c’est de l’anglais (« ha ! », fit Lorenza) et cela veut dire que, même lorsque les carottes sont cuites, il ne faut pas arrêter d’appâter les lapins (« ho ! » fit Lorenza). Donc, direction Port-aux-Cerises (c’était le nom de cette charmante bourgade bourgeoise), nous allons ouvrir un nouvel espace d’ici quelques semaines dans le centre ville, dédié aux jeunes entreprises dynamiques qui veulent investir un peu de leur liquidités. Et, comme j’ai été élu deux années de suite le meilleur employé de l’année…

— Comme c’est impressionnant ! l’interrompit soudainement Lorenza.

— Oui, merci… donc, je disais, comme mon patron, Mika — quel hasard, il porte le même prénom que moi…

— Ah mais c’est délicieusement exquis ! glossa-t-elle.

— Oui, n’est-il pas ! reprit Mika. Donc — il se racla la gorge pour reprendre ses idées, et en profita pour jeter un coup d’œil à son calepin dans l’opération — Mika, mon patron m’a dit : Mika, tu es l’homme qu’il me faut, va à Port-aux-Cerises, fais fructifier notre savoir-faire, car toi, tu connais tout de « Placements et bénéfices », c’est le nom de la compagnie, tu va pouvoir monter cette filiale, et nous faire devenir riches et encore plus riches !

***

À partir de cet instant, Lorenza cessa de l’écouter. Elle devina son torse musclé, fixa son menton profilé, imagina ses jambes dimensionnées, mesura mentalement ses épaules taillées, rêva de son ventre chocolaté, et remercia la providence pour ce cadeau. Lui parla de placements, expliqua comment la société s’arrangeait pour prélever sa quote-part lorsque le client perdait de l’argent grâce à des opérations de couverture et comment elle s’arrangeait pour prélever sa quote-part lorsque le client gagnait de l’argent grâce à des commissions exorbitantes, mais, pendant tout ce temps, Lorenza était pris dans le tourbillon enivrant du monde des fantasmes dirigées par Monsieur-le-chef-d’orchestre Trösdendorf.

— Comme c’est passionnant ! lâcha-t-elle, lorsqu’elle sentit que la discussion semblait toucher sa fin, avant de poliment raccompagner son voisin à sa porte après avoir pris grand soin de s’assurer que celui-ci reviendrait la voir le plus vite possible (« mais voyons, c’est tout naturel qu’entre voisins, nous organisions un petit repas en tout simplicité pour faire plus profonde connaissance »).

***

Dehors, Mika sortit une carte de visite de la poche de son tailleur. Celle-ci portait le nom de Ignazio Fortevica. Si cet Ignazio Fortevica partageait le nom de famille de Lorenza, ce n’était pas là un hasard : Ignazio était son mari. Mika composa le numéro sur son téléphone.

***

Au même instant, Ignazio profitait du soleil couchant sur Florentina III, son dernier yacht blanc, au large de San Nicolao, sur la côte ouest de la Sicile, lorsque la sonnerie de son téléphone portable retentit.

— Valentina d’amour, apporte mon téléphone, veux-tu ? proféra Ignazio d’une voix grave et autoritaire.

Une fille brune au corps d’ange qui était paisiblement allongée de l’autre côté du yacht se leva à ce moment. Elle était jeune, mais pour Ignazio, elle était surtout belle et docile. Cheveux mi-longs, yeux marrons, ses jambes se battaient avec ses doigts de pieds au concours de celui qui serait le plus fin tandis que sa silhouette merveilleusement proportionnée donnait l’impression de se fondre dans l’air lorsqu’elle se mouva pour apporter son téléphone à ce vieil homme au cigare et aux poils gris débordant de son marcel blanc, lui tendant l’objet sans même faire l’effort de croiser son regard et revenant aussitôt s’allonger précisément où elle était installée quelques minutes auparavant.

Ignazio attendait ce coup de téléphone : il sourit et décrocha.

— Mika, mon vieil ami !

« Mon vieil ami » était peut-être une expression un tantinet exagérée alors qu’Ignazio et lui s’étaient vus pour la première fois il y a quelques semaines, mais c’était la coutume pour Ignazio d’appeler ainsi les gens avec qui il faisait du business. C’était un (vrai) ami qui lui avait recommandé les services de Mika. « Tu va voir, Ignazio, tu ne va pas être déçu. Pour tes affaires, contacte donc Bonne humeur et blanc bonheur, je te garantis que tu va me remercier de m’avoir écouté. »

« Bonne humeur et blanc bonheur » : tel était le vrai nom de la société pour laquelle travaillait Mika. Et, à ce moment précis, Valentina (qui ne s’appelait pas réellement ainsi) avait beau être allongée nue et vaguement offerte à son plaisir, rien sur cette terre n’aurait pu distraire Ignazio d’écouter avec la plus grande attention les nouvelles qu’allaient lui donner son « vieil ami ».


Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas encore terminé cette histoire. J’ai des idées, mais j’ai besoin de vous pour m’aider à choisir laquelle prendre ! Alors, plutôt vaudeville, aventure à rebondissements, nonsense, conte pour adulte ?

Le grognon, journal grincheux paraissant le jeudi

Samedi 14 novembre 2009

Une fois n’est pas coutume, ce texte n’est pas de moi. Il s’agit de la Une d’un journal intitulé le Grognon, paru le 30 septembre 1868, et exposé au musée de l’imprimerie à Lyon. J’ai respecté la typographie du texte original. Cliquez sur l’image pour en obtenir une version non réduite.

le_grognon

Faut-il grogner ?

Les uns disent : oui, et les autres : non.

Plusieurs de nos lecteurs se plaignent du premier numéro du Grognon, dont les allures manquent de nerf et d’enfrain.

D’autres, au contraire, nous reprochent des procédés cassants, qui ne sont ni dans notre caractère ni dans nos habitudes.

Aux premiers, nous rappellerons qu’un journal sans cautionnement a le droit de tout dire, excepté ceci et cela, et mille autres choses encore.

Les impatients peuvent méditer la tirade du Figaro de Beaumarchais.

Quant aux seconds, il nous sera permis de leur répondre que le Grognon entend jouir de l’indépendance la plus absolue et ne s’astreindra aux exigences d’aucun préjugé.

Lorsqu’un petit monsieur, par exemple, nous adresse une lettre insolente, et réclame comme un droit l’insertion de ses inepties dans le journal que nous dirigeons, nous nous croyons autorisés à lui répondre : Votre épitre n’aura de valeur à nos yeux, qu’autant que vos titres et qualités nous serons connus ; vous vous faites le Don Quichotte du Refusé auquel vous n’avez pas l’honneur d’appartenir, et qui certes, s’il se croit attaqué, n’a besoin de personne pour le défendre.

La publication de votre lettre aurait pour résultat de vous donner une petite notoriété qu’il vous sera difficile d’acquérir par les moyens ordinaires.

Il ne nous convient pas de prêter les mains à la petite comédie que vous avez rêvée ; nos lecteurs, d’ailleurs, ne comprennent que le français, et vous nous écrivez en auvergnat.

En voilà assez… au panier !

Là, l’envie de rire nous empêche de grogner.

Passons à autre chose.

Que fait la victime ?

Mardi 27 octobre 2009

Dans la série des titres de presse totalement maladroits, il y a celui-ci, trouvé à l’instant sur le JDD par  Google News :

La victime décharge Polanski

Le prince, la princesse et le magicien

Samedi 10 octobre 2009

lutin

Il était une fois une citrouille, une courgette, une carotte et une pomme de terre qui vivaient dans la hutte d’un magicien célèbre. Le magicien célèbre se dénommait Merlin. Il avait une longue barbe blanche et un chapeau pointu. Il habitait une hutte dans une forêt reculée, où personne n’allait jamais le déranger.

Il était une même fois un saphir, une écharpe en satin, une bague en or blanc et des chaussures de fée, qui étaient soigneusement posées dans le placard d’une princesse magnifique. La princesse magnifique se dénommait Lucie. Elle avait de longs cheveux dorés et des vêtements de princesses tout rigolos. Elle habitait dans un château cosy, caché dans une maison bourgeoise que personne ne pouvait suspecter contenir un aussi beau château, au plein milieu de la ville, là où personne n’allait jamais la déranger.

Il était une fois une planche à découper, une épée ancienne, un casque en fer un peu rabougri et un manteau ancien, qui étaient aléatoirement entreposés sur un coffre un peu ancien appartenant à l’une des chambres d’un prince quelconque. Le prince quelconque se dénommait Gascolin. Il avait le teint jeune mais le regard usé de celui qui n’a pas effectué les étapes de la vie dans le bon ordre. Il vivait dans un palace immense perdu au fond d’une colline oubliée, derrière la montagne maudite située après le lac aux mauvais esprits, dans cet endroit de la carte que chacun évitait car il paraissait qu’il s’y passait des choses dont tout le monde avait entendu parler et qui ne motivait justement personne à y poser les pieds.

***

Il était une fois l’histoire de Merlin, Lucie et Gascolin. L’histoire d’une citrouille, d’un saphir, d’une planche à découper, et de bien plus encore. Cette histoire, c’est l’histoire de la princesse, du prince et du magicien.

***

Il y a fort longtemps, alors que les histoires n’étaient pas encore écrites, les oiseaux gazouillaient encore paisiblement dans les cieux, sans que personne ne put suspecter un jour que leur chant magnifique ne soit rapporté par une âme quelconque qui en ferait une fable, un conte, un roman ou une chanson. Pendant ce temps aujourd’hui oublié, les princes occupaient leur temps comme ils l’occupent encore aujourd’hui : tout d’abord, à trouver des princesses, à vaincre les étapes complexes qui les séparent du moment où ils peuvent se marier avec elles, à finalement se marier avec, puis à passer le reste de leur existence à profiter de leur vie remplie d’amour, d’eau fraîche, de gâteaux au chocolat et de saumon grillé accompagné de citron et de crème fraîche.

Un jour, Gascolin avait trouvé sa voie. Alors qu’il déjeunait à une taverne, un vieil ermite lui avait appris l’existence du dragon inespéré. « Le dragon inespéré ? » s’enquit immédiatement Gascolin. Et le vieil ermite de lui raconter cette légende, qu’un dragon vilain avait, il y a maintenant vingt ans très précisément, kidnappé une bébé-princesse magnifique pour la garder dans son antre, en jouissant seul du plaisir de pouvoir entretenir une relation, fut-elle de bonne compagnie, avec elle. Et Gascolin, épris de cette histoire émouvante, avait alors entreprit de libérer la belle et soi-disant (mais c’était vrai) jolie princesse du joug de ce dragon maléfique.

Armé de son épée, de son casque et de son manteau, il pénétra la grotte que l’ermite lui avait indiqué. Quelques pas à gauche, quelques pas à droite, un peu plus au fond, ah-mais-on-n’y-voit-plus-rien-allumons-une-torche, ah-c’est-bien-mieux, où-est-donc-ce-dragon, bim ! il tomba nez-à-nez dessus. Il faut dire que Gascolin était beau plus que brave, mais téméraire autant que courageux, et que même si sa compétence au combat contre les dragons n’avait pas encore eu totalement l’occasion d’être développée, il possédait quelques arguments enfouis derrière son amour propre qui lui permettait d’éprouver un plaisir naturel à armer son glaive de la façon la plus adéquate pour venir à bout du dragon récalcitrant.

Et c’est ainsi que Gascolin conquit le cœur, l’âme et le corps de la belle Lucie.

Le prince et la princesse vécurent heureux plusieurs années. Le prince était ravi car sa princesse était magnifique. La princesse était ravie car son prince était son prince à elle. Il l’avait sauvé. Elle ne voyait pas qu’il puisse être quelconque. Il n’était pas quelconque, pensait-elle alors : il était son prince, et cela comptait plus que tout.

Un jour, ou peut-être le jour d’après, passons les détails calendaires, un petit lutin fit son apparition sur le rebord de la fenêtre de la chambre du prince et de la princesse. Par un commun accord, la princesse avait abandonné son château cosy pour habiter, le plus clair de son temps, dans le palace immense de son prince. Derrière la colline oubliée, les lutins pouvaient pour certains habitués faire partie du paysage, de sorte que le prince n’y porta guère attention. Lucie y était un peu plus attentive : un lutin, quand on est habitué à vivre en ville, il faut tout de même avouer que ça n’est pas monnaie courante. Cependant, devant la quiétude de son homme, la princesse décida de ne pas s’en faire, et retourna vaquer à ses occupations comme si de rien n’était.

Le soir suivant, le petit lutin était toujours assis, sur le rebord de la même fenêtre. Le prince n’y portait pas plus d’attention qu’avant. La princesse, sans être inquiète, était pour le moins intriguée, mais continua à décider que le mieux était de ne pas s’en faire.

Le lendemain, le petit lutin était toujours là. Le prince n’y prêta toujours pas attention, pas plus que la veille. La princesse, elle, vit très clairement que, non seulement le lutin était encore là, mais que, cette fois-ci, il était accompagné d’un autre ami lutin. Cela dit, la chose était entendue : il fallait ne pas s’en faire.

Le soir même, les deux lutins regardaient à nouveau le couple princier. Lui n’y prêtait attention. Elle non plus : elle ne s’en faisait pas pour si peu — se disait-elle.

Le surlendemain, pareil. Avec un ami lutin de plus.

Et encore le jour d’après, un autre lutin de plus.

Ainsi pendant plusieurs mois, les lutins s’accumulèrent. Le prince vaquait à ses occupations alors que la princesse avait tout de même des difficultés croissantes à ne plus s’en faire.

Si bien qu’un jour, alors que c’était jour de fête au château, et que des personnalités célèbres de la région étaient invités au banquet, la princesse prit un magicien à part dans son cabinet, pour lui expliquer la situation et lui exprimer tout le tracas que cela pouvait lui poser. Ce soir là, Merlin avait fait l’effort de se rendre en dehors de sa hutte pour venir au château du prince — les charmes de la princesse n’y était cependant peut-être pas totalement étrangers. Ce soir là, la princesse avait mis son écharpe en satin, sa bague en or blanc et ses chaussures de fée. Elle était belle comme jamais.

Le magicien écouta attentivement et considéra cette affaire comme relevant de la plus haute importance. Soudain, il savait quoi faire. Il demanda à Lucie un objet cher à son prince, et un objet cher à lui. Il sortit une courgette, une carotte, et une pomme de terre. Puis, il expliqua. Le lutin décrit par la princesse était une sorte de lutin ancestral, chassé par les démons, dont les pouvoirs maléfiques pouvaient s’étendre au-delà des plaines du royaume ainsi que ceux des royaumes attenant. Pour annihiler son pouvoir, la recette était simple : une courgette pour ramollir sa garde, une carotte pour rendre aimable le sourire du magicien qui allait l’approcher, une pomme de terre pour gommer l’esprit maléfique, et un objet cher à chacune des personnes qui vivant dans la demeure infestée par le lutin, pour fixer l’esprit de celui que cet être maudit devait ne plus approcher.

Lucie tendit la planche à découper de son prince et son saphir à Merlin. Celui-ci posa les légumes, les découpa soigneusement avec le saphir sur la planche, et invoqua un vieux rituel qui fit partir le lutin.

Une fois l’incantation terminée, le lutin était expulsé du château pour de bon.

« — Vous auriez du en parler à votre prince. Mon pouvoir de magicien est certes efficace, mais une bonne épée de prince l’est tout autant, » annonça Merlin.
« — J’ai tenté, mon cher Merlin. Mais il ne m’écoutait pas, » se plaignit Lucie.
« — Pourtant, un lutin, ce n’est pas rien ! » compléta Merlin.
« — Certes, mon cher Merlin, mais pour mon Gascolin, un lutin, ça n’est pas grave », déplora la princesse.
« — Ça l’est pourtant, et vous le savez bien, ma chère Lucie » répondit le magicien.
« — En plus, pour un lutin, j’aurais peut-être gardé ma rancœur ; mais à force de les voir devenir plus nombreux, je n’en pouvais plus, je devais vous appeler : mon cher, vous deviez venir me sauver. »
« — Lucie ? Aussi ravi qu’un homme comme moi puisse être de vous avoir sauvé, je dois vous le dire : il n’y avait qu’un seul lutin. »

***

Première fin : Merlin partit, Lucie oublia Merlin. Comment ça, un seul lutin ? C’est idiot. Elle n’aurait jamais du en parler à Merlin. Gascolin est là pour elle, il l’aurait sauvée bien assez tôt, lui eusse-t-il demandé.

Deuxième fin : Merlin partit, Lucie ne l’oublia jamais. Avait-elle inventé les autres lutins pour se faire sauver par Merlin ? C’est idiot… enfin… Merlin était là pour elle…

Lionne et son ami Marcus

Samedi 6 juin 2009

Certaines histoires sont faites pour être racontées. Certaines le sont pour raviver un souvenir et faire qu’il se transmette. Certaines sont faites pour être vécues. D’autres un peu de tout cela à la fois.

Lionne était une petite fille. Magnifique, espiègle, un peu rebelle mais toujours prête à rendre service, à offrir des cadeaux, à s’occuper de ses proches. Elle avait beaucoup d’amis. Ses parents avaient espéré longtemps avant de finalement réussir à avoir un enfant, aussi étaient-ils très fiers d’elle.

Lise et André avaient de quoi être fiers : Lionne était très toujours adorable et attentionée. Un jour, elle avait offert un magnifique petit chaton à un bon ami. Un autre, elle avait offert pour la fête des mères un magnifique vase fait de ses propres mains, qu’elle avait longuement décoré d’un magnifique décor peint avec d’incroyables détails. Sa maîtresse d’école avait reçue un très joli collier de perles.

Quel dommage cependant que le petit chaton se retrouvât être enragé. Quelle malchance que son père eût fait tombé le magnifique vase celui-ci sitôt posé sur l’étagère. Quelle tristesse que Lionne avait utilisé du thé pour peindre les perles. Comment eût-elle pu savoir que sa maîtresse y était allergique ?

Comme tous les enfants, Lionne faisait parfois des bêtises. Une fois, elle jouait dans la voiture et avait malencontreusement desséré le frein à main ; la voiture était alors partie s’encastrer dans le mur en béton en contrebas. Une autre, elle avait oublié de fermer l’eau de son bain, provoquant une inondation qui a ruiné le parquet. Un jour où elle jouait à l’apprentie-cuisinière, les pompiers étaient même venus éteindre un feu.

Que de mésaventures avec cette voiture neuve, ce parquet fraîchement posé, la maison sous les cendres. La vie de Lionne était ainsi faite.

Lionne avait aussi un ami imaginaire. Il s’appelait Marcus. Elle ne lui offrait jamais de cadeaux. Il ne lui arrivait jamais de catastrophes. Marcus et Lionne avaient cette saveur qu’aucune relation réelle ne pouvait jamais offrir à Lionne.

Marcus discutait beaucoup avec Lionne. De choses. D’autres.

Un matin, Marcus a lancé une idée.

« Et si toutes les actions de bien que tu fais étaient contre-balancées par un événement triste ? »

Par cette idée laconique, Lionne venait de trouver un sens à sa vie. Elle ne faisait que de semer des graines de discordes. Ce faisant, elle créait un vent enchanté qui était à l’origine de toutes les bonnes actions qu’elle faisait. Une fois le vent retombé, les graines touchaient le sol, et toutes ces choses horribles se produisaient.

Une fois cette idée en sa possession, Lionne tenta de confronter cette hypothèse à la réalité. Elle tenta de moins faire le bien : le mal se produisait moins, aussi. Elle tenta de faire un peu de malice : des choses positives arrivaient autour d’elle.

Quelques mois avaient suffit à convaincre Lionne qu’elle disposait d’une sorte de contre-pouvoir terrible : celui de pouvoir faire du bien en faisant du mal, et de faire du mal en faisant du bien. Résolue à limiter les dégâts, elle entreprit alors de ne plus rien faire du tout.

Cela dit, vivre une vie à ne rien faire n’est pas vivre une vie.

Lionne essaya ainsi de trouver un moyen pour mettre fin à sa malédiction. Elle entreprit plusieurs stratagèmes. Tout d’abord, elle essaya de limiter ses actions bénéfiques, dans l’espoir de limiter les actions maléfiques. Ensuite, elle tenta de réaliser quelques actions maléfiques ciblées, dans l’espoir de créer des actions bénéfiques tout en maîtrisant les effets de bord négatifs. Hélas, aucune de ces techniques ne la satisfaisait, car toutes prévoyaient une étape triste où quelque chose de mal serait réalisé.

Première fin.

Lionne se sentit de plus en plus désemparée à l’idée de ne pas pouvoir contrôler sa vie comme elle l’entendait. Alternant les phases dépressives avec les périodes mélancoliques, elle lâcha prise avec la réalité. Seule, triste, abandonnée par tous, elle perdit tout espoir. Concentrant sur sa personne tout le malheur qu’elle pouvait générer, elle ne put jamais remarquer tant elle était repliée sur elle-même que, dans le même temps, elle irradiait de bonheur toutes les personnes qui lui étaient chères.

Deuxième fin.

Lionne se sentit de plus en plus mélancolique à l’idée de ne pas pouvoir trouver de moyen de contrôler sa vie comme elle l’entendait. Alternant les phases tristes avec les périodes détachées, elle perdit progressivement l’envie de maîtriser sa malédiction. Concentrant sur sa vie les actions qu’elle pouvait réaliser, elle ne cherchait plus à savoir si les choses seraient du côté du bien ou de celui du mal. C’est ainsi qu’en perdant sa peur, arriva un jour où elle perdit également l’objet de sa peur. Sans raison d’exister maintenant qu’elle ne craignait plus de faire du mal, Marcus fit un dernier baiser à Lionne et repartit dans le royaume des amis imaginaires, sa malédiction rangée dans une boîte en carton-pâte.

Les régimes de stars qui ont grossi

Mercredi 15 avril 2009

 

grossis

Hé non, il ne fallait pas lire ça :

Les régimes de stars
qui ont grossi.

Il était une fois l’histoire de la princesse Cloporte (partie 8)

Jeudi 29 janvier 2009

Cette nouvelle en plusieurs parties démarre ici.

Hélas, la recette du philtre était conçue pour marcher avec cinq cent vingt trois tours de spatule. Avec un tour de plus, c’est une autre recette, qui donne un autre philtre.

Cet autre philtre était connu sous le nom de la Préparation du diablotin rouge. C’est un philtre assez puissant, dont seul des mages très expérimentés connaissaient la recette. Il fonctionne en détectant le désir le plus cher de la personne qui le buvait, et en faisant tout ce qu’il fallait pour que ce désir ne se produise jamais.

Cloporte rêvait d’avoir un prince charmant. Le philtre qu’elle venait de boire lui assurait de ne jamais pouvoir en avoir ; seulement, elle n’en savait rien. Cloche n’avait pas non plus compris ce qui était en train de se passer — pour elle, le philtre de Merlin était un amusement sans intérêt. Elle continua alors ses plans, et augmenta petit à petit sa force.

Un jour, elle pu exécuter son dessein, et prendre à nouveau le contrôle du monde. Ce jour là, le monde redevint un monde de chaos, brutal, violent, décimé par la misère. Cloporte, de son côté, n’eut jamais de prince ni d’enfants, et ne connut jamais cet amour derrière lequel elle avait couru toute sa vie. »

Sur ces mots, Bénédicte referma le livre de contes pour enfants. Soleil dormait paisiblement, comme tous les enfants après qu’on leur a raconté une belle et agréable histoire.

Les yeux fatigués par la lecture, Bénédicte éteint la lumière puis quitta la chambre de sa fille sur la pointe des pieds. Demain Soleil fêtera son anniversaire : elle aura sept ans, et une fête magnifique sera organisée en son honneur.

Bénédicte termina de ranger le salon avant d’aller au lit. Sur la table traînait encore les journaux du jour. Les Unes se ressemblaient presque toutes dans leur joie : « Bientôt le millionième anniversaire de la fin de la Dernière Guerre Mondiale », « Un couple s’aime et se marie sous les applaudissements des passants », « Une nouvelle recette à base de framboise fait fureur ».

Une fois couchée, Bénédicte prit sa grille de mots croisés. Son mari travaillait les soirées, aussi n’allait-il pas tarder à rentrer. Hernest était un homme bon, généreux, tendre avec elle et leur fille. Elle ne pouvait pas rêver meilleur mari.

« Bonsoir chérie ! » clama-t-il en rentrant dans la chambre. « Comment vas-tu, mon amour ? Comment va Soleil ? »

« Bonsoir chéri. Je vais merveilleusement bien. Soleil s’est endormie il y a quelques minutes. Je lui ai lu une merveilleuse histoire, tu sais, celle de la princesse Cloporte. C’est une de ses préférées. »

Hernest dévora sa bien-aimée du regard.

« Bénédicte… je t’aime. »

« Moi aussi, Hernest. »

 

Voilà… c’est fini. 

À quoi servent les contes, si ce n’est à raconter des histoires qui font rêver ? D’aucuns pourraient répondre que c’est ainsi que se tisse l’imaginaire et que se construit la personnalité, les envies, les aspirations, les passions… 

Dès lors, peut-on faire la comparaison entre le monde de la réalité et celui du conte ? Celui du conte serait-il beau pour isoler de l’imaginaire le fait que le monde réel ne l’est pas ? Si tel était le cas, que se passerait-il alors dans un monde hypothétique où, du réel et de l’imaginaire, ce serait le monde réel qui serait le plus beau ?

Biographie de Justine

Vendredi 9 janvier 2009

Constantine était à bout de souffle. Le corps fatigué, les joues tombantes, les yeux implorant un dieu en qui elle n’avait jamais pensé à croire jusqu’à ce moment précis. La souffrance parcourait toutes les parties de son être et de son âme, si bien qu’elle commençait à perdre la réalité qui l’entourait, comme si elle était un petit pois qu’on venait de placer dans une boîte de conserve en lui intimant de s’affairer à compter le nombre de ses congénères avant qu’il ne lui soit donné l’occasion de revenir consciente de ce qui lui arrivait. Heureusement, l’accouchement serait bientôt terminé et son corps aura vite oublié toute cette torture. Si c’est un garçon, il s’appellerait Claude. Si c’est une fille, alors ça sera Justine. Bientôt, un bébé allait naître.

Justine courait dans la prairie verdoyante. Elle riait, s’amusait à faire semblant de tomber dans l’herbe grasse et accueillante, avec ce rire d’enfant que seul un enfant est capable de produire. C’était bientôt son anniversaire. Elle allait avoir dix ans. Des cadeaux, elle en attendait un plus que les autres : une poupée de princesse. Elle l’avait vue dans la vitrine d’un artisan qui créait de ses propres mains des poupées aussi magnifiques qu’uniques. La sienne serait grande, car la princesse était une grande princesse. Elle serait vêtue d’une robe violette qui scintille dans le noir, comme les étoiles qui habitent les cieux d’été, et d’une couronne blanche sertie de pierres précieuses, rares, et merveilleusement belles.

Chloé avait passé la matinée à se préparer : son maquillage devait être parfait, sa coiffure parfaitement ajustée, elle devrait porter sa robe avec élégance. Toute sa vie, elle avait rêver de se marier. Cela dit, aujourd’hui n’était pas encore venu le temps pour elle de signer avec son prince charmant : aujourd’hui, ce n’était pas elle qui devait être la plus belle, car c’est le jour que se mariait sa meilleure amie et confidente. Elle était son témoin, et c’était un privilège qu’elle entendait honorer avec un respect poussé des détails. Un dernier coup d’œil devant le miroir avant que ne commence la cérémonie. Le maquillage est parfait. Discret mais présent. La coiffure est parfaite. Recherchée et tendance. La robe est parfaite. Justine l’a choisie exprès pour Chloé. Une robe cintrée, vintage et élégante, d’une teinte claquante de pourpre qui rehaussait naturellement son teint. 

Zoé. Un prénom simple. Justine l’aimait beaucoup. Cela faisait longtemps qu’elle avait décidé que le jour où elle aurait une fille, elle l’appellerait Zoé. Des histoires de mère, elle en avait entendu beaucoup. Il paraît que la grossesse est un moment douloureux de la vie. Il paraît que les premières années de l’enfance sont un mélange difficile de moments géniaux ponctués par des moments horribles représentés notamment par les biberons la nuit et les premières dents. Il paraît tout cela, et d’autres choses aussi… Justine aurait bien le temps de songer à tout cela le temps venu. Elle venait d’accoucher. Le personnel de la clinique était aux petits soins pour elle. En même temps fatiguée, éreintée, à bout de souffle, émerveillée, émue et emplie d’un bonheur unique, elle serrait sa fille dans ses bras en murmurant son doux prénom à ses oreilles. Zoé était là pour elle, et serait là pour Zoé.

Sophie courrait dans la prairie verdoyante. Elle riait, s’amusait à faire semblant de tomber dans l’herbe grasse et accueillante, avec ce rire d’enfant que seul un enfant est capable de produire. C’était bientôt son anniversaire. Elle allait avoir dix ans. C’était la meilleure amie de Zoé. Elles étaient né le même jour, elles partageaient leurs moments les plus intimes. Elles avaient décidé de fêter leur anniversaire ensemble, et Justine était affairée pour que la fête soit réussie. Il fallait terminer la décoration, les gâteaux, s’assurer que les boissons seraient fraîches en que rien ne manquerait. Pendant que Justine plaçait les dernières banderoles, elle se souvenait, émue, de ses propres dix ans. Elle n’avait rien oublié du moment où elle avait reçue sa poupée de princesse. Zoé avait toujours adoré cette poupée, Justine le savait et avait prévu de l’offrir à sa fille. Qui sait, peut-être qu’un jour Zoé la transmettrait à sa petite-fille.

Émilie avait passé la matinée à se préparer : son maquillage devait être parfait, sa coiffure parfaitement ajustée, elle devrait porter sa robe avec élégance. Justine était stressée, comme une mère peut l’être avant le marriage de sa fille. Zoé, quant à elle, était étonnamment calme, comme si la situation était entièrement sous contrôle. Un dernier tour dans la chambre où Émilie, son témoin, se préparait, histoire d’être sûr que tout se déroulerait comme prévu, et la cérémonie allait pouvoir commencer.

Clarisse venait de pousser son premier cri. Celui-ci emplit la maternité, comme un premier rayon de soleil illumine un paysage nocturne, avec ce message indissociable que dorénavant, il ferait jour. Justine était grand-mère. Justine était fière.

Juliette regardait sa collègue Justine d’un œil ému. Ce soir, Justine serait à la retraite. Toute une vie de travail qui s’achève. Justine n’était pas encore sûre de ce qu’elle allait faire, maintenant qu’elle avait le temps. Se reposer un peu, pour commencer. Faire le tour de sa vie. Partir en voyage ? Passer plus de temps avec sa fille et sa petite-fille ? Donner de son temps dans des associations ? 

Justine allait bientôt fêter ses quatre-vingts ans. Elle venait de passer la dernière décennie à faire ce qu’elle avait prévu en partant en retraite, et d’autres choses encore. C’était une vieille femme, mais une femme heureuse et accomplie. Le regard plein de malice, elle souffla les bougies du gâteau que sa petite-fille avait préparé. Les images de sa jeunesse défilèrent dans ses yeux tandis que les flammes vacillèrent, et elle pleura des larmes de bonheur avant de serrer sa famille dans ses bras.

Constantine et Justine reposaient maintenant dans le même monde. Chloé, Zoé, Sophie, Émillie, Clarisse, Juliette et bien d’autres étaient venues à son enterrement. Elle se refusait à imaginer que celui-ci soit morbide, aussi avait-elle insisté pour que personne ne soit habillé en noir. Étrangement, elle avait même noté dans son testament que son vœu était que chacun soit vêtu de blanc et de violet. L’instant était solennel. Tous avaient aimé Justine. On dit parfois que c’est lorsque les gens manquent que l’on se rend compte à quel point on tient à eux. Ce jour, Chloé, Zoé, Sophie, Émillie, Clarisse, Juliette et bien d’autres allaient se rendre compte à quel point ils tenaient à Justine.

***

C’est ainsi que l’on peut raconter la vie de Justine. 

 

Après cette lecture, si je vous demandait « Justine a-t-elle mené une vie heureuse », que répondriez-vous ? 

 

Bien sûr, cette histoire est triste, car la fin est triste. Les gens qui s’en vont manquent toujours plus aux gens qui restent.

Bien sûr, cette histoire est heureuse, car elle est immensément incomplète. Chaque paragraphe représente un petit bout heureux de son histoire, alors que dix ans séparent chacun d’eux. Que se passe-t-il durant chaque pavé de dix ans ?

 

Certains ne voudront pas savoir ce qu’il se passe entre les paragraphes, et voudront répondre à la question avec ce qui est dit dans ce récit.

Certains vont répondre que la vie est faite de hauts et de bas, et qu’il faut savoir se concentrer sur les hauts.

Certains vont répondre que la vie est faite de hauts et de bas, et qu’il faut compter les hauts et les bas pour pouvoir se prononcer.

 

Et vous ?

Mieux vaut un ours polaire…

Dimanche 14 décembre 2008

En attendant la fin de Cloporte, la pensée du soir :

Mieux vaut avoir en face de soi un ours polaire qu’un ours bipolaire.

Il était une fois l’histoire de la princesse Cloporte (partie 7)

Vendredi 21 novembre 2008

Cette nouvelle en plusieurs parties démarre ici.

Merlin regarda l’objet avec une pointe d’envie. Il n’était pas donné à tout le monde d’observer un tel objet : c’était véritablement quelque chose de très rare, et de très cher. C’est avec grand soin qu’il s’attela à la troisième partie de la recette. Il plongea la dent de dragon dans le mélange : immédiatement, quelques poussières étoilées se mirent à scintiller autour de la marmitte. Il prit une longue spatule en fonte, et mélangea très délicatement, en comptant les tours à voix haute pour être sûr de ne commettre aucune erreur.

La princesse l’observa, comme un enfant qui sent que l’heure du cadeau approche. Bientôt, le philtre serait prêt, et sa bénédiction lui donnerait enfin le droit à son Prince, celui dont elle rêvait tant. Il serait brun, le regard fier, musclé, grand et aurait un joli nez.

Perdue dans ses rêveries, Cloporte ne se rendit pas compte que Merlin avait compté deux fois “trois cent douze”. Ainsi, c’est cinq cent vingt quatre fois, et non cinq cent vingt trois fois, que Merlin avait tourné les ingrédients avec sa spatule.

Merlin tendit la fiole avec le philtre à Cloporte, qui la but sans se faire prier.

À suivre, la dernière partie…