Cette nouvelle en plusieurs parties démarre ici.
Fort heureusement, être princesse donne quelques avantages. Parmi ces avantages, toute une sorte de gens viennent à votre chevet pour tenter de vous vendre toutes sortes d’objets : des tapis brodés, de la vaisselle en faience, des verres en cristal, ou bien encore des dents de dragons.
Justement, la princesse tentait de se remémorer le nom de la personne qui était venu en dernier lui proposer des dents de dragons. Quelques minutes plus tard, elle loua les services d’un cocher pour l’amener sur les terres du nord, là où vivait le vieil Alphonse.
Alphonse était un marginal. Il habitait, reclus, près du lac aux milles nénuphars. Il vivait de son petit potager, de ses quelques poules qui couraient çà et là, et de la vente de dents de dragons. Personne ne savait bien ni où ni comment il parvenait à trouver des dents de dragon — depuis que les dragons n’apparaissaient plus que dans les contes, il était devenu extrêmement difficile, sauf pour Alphonse, de s’en procurer, ce qui était fâcheux, car les recettes de grand-mère, à base de dents de dragons, n’avaient, pour la plupart, pas été ré-écrites pour fonctionner avec des ingrédients alternatifs.
Le lac aux mille nénuphars était un lieu triste et glauque, dans lequel peu de monde n’osait s’aventurer. Cloporte dû donner un gros sac de pièces au clocher pour que celui-ci accepte de l’y amener. L’endroit grouillait de moustiques, était envahi par les fientes d’oiseaux, et des arbres immenses cachaient le soleil le jour, la lune et les étoiles la nuit, si bien qu’il y faisait toujours sombre. Quant aux milles nénuphars, ils n’existent pas : ils ne servaient qu’à donner l’illusion que le lieu n’était pas aussi horrible que ce qu’il était.
Cloporte frappa à la porte. Alphonse apparut, surpris, lui qui n’avait guère peu de visiteurs.
“Mad’m’selle l’princ’sse ? Qu’est-ce donc’ j’peux faire p’vous ?” demanda-t-il.
“Cher Monsieur Alphonse, vous pouvez me sauver. Vous seul pouvez me sauver. Il me faut une dent de dragon. Je me souviens que vous êtes venu chez moi, il y a quelques semaines, pour m’en vendre. J’ai changé d’avis : s’il vous en reste, je vous l’achète. Votre prix sera le mien.”
Alphonse fit mine de réfléchir — c’était une technique qu’il avait imaginée pour faire monter le prix de ses dents de dragons, et qui, d’ailleurs, était la plupart du temps efficace.
Pendant ce temps, Merlin avait commencé son mélange.
À suivre…
Mots-clefs : cloporte
