Cette nouvelle en plusieurs parties démarre ici.
Ce qu’il n’avait pas compris, c’est pourquoi aucune fée n’était venue la bénir. En effet, si Clochette avait oublié, c’était une situation idéale pour Cloche qui pouvait venir sans craintes d’être repérée.
C’est en observant les ombres devenir de plus en plus ternes dans la lumière noire de la nuit que Merlin avait compris qu’il n’en était rien. Il était tombé par hasard sur un vieux grimoire qui racontait le pacte qu’avaient conclu les deux fées. Il était écrit que la fée qui gagnerait serait la seule à pouvoir bénir pour les siècles à venir, sauf si elle devait changer de camp, c’est-dire faire le bien alors qu’elle est la fée du mal, ou l’inverse. En conséquence, ce que Cloche était en train de faire apparaissait clairement aux yeux de Merlin : elle était en train de prendre le contrôle de Cloporte, de réduire sa volonté, petit à petit. Lorsque la princesse aurait été entièrement sous son contrôle, elle aurait alors invoqué Clochette, qui aurait instantanément réparé son erreur en la bénissant, ce qui lui apporterait immédiatement un prince charmant. Seulement, sous l’emprise de Cloche, Cloporte l’aurait alors haï. Cloche, la fée du bien, aurait alors fait une action maléfique pour l’humanité, et le rôle de bénédiction aurait instantanément été réattribué à Cloche pour les âges à venir.
Merlin tenait en quelque sorte le destin du monde dans ses mains. Si Cloporte était venu le voir, c’est qu’une partie d’elle était encore capable de résister. Cela dit, il était évident que Cloche était profondément ancrée en elle : Merlin ne pouvait pas juste lui dire que tout ça était la faute d’une mauvaise fée qui la contrôlait. Il devait être bien plus rusé.
“Ma chère Cloporte”, dit-il, “j’ai bien réfléchi à la situation. Il est possible que vous ayez été oublié par les fées. Pour vous aider à trouver la bénédiction, je sais comment faire. Il suffit de faire un philtre d’incantation : tomate, poireau et dent de dragon. J’ai de la tomate et du poireau dans mon potager, pourriez-vous, s’il vous plaît, trouver la dent de dragon ?”
Le breuvage tomate, poireau et dent de dragon était un breuvage parfaitement inoffensif. Pas de quoi lever la moustache d’un chat aux aguets, ni même éveiller le soupçon d’une fée maléfique. Par contre, le mélange d’une dent de singe, d’une gousse d’ail rôtie un soir de pleine lune et d’une dent de dragon était la recette parfaite pour extraire une fée tentant de prendre possession d’une princesse, ce qui était fort heureux étant donné que Merlin possédait justement dans son atelier la dent de singe et la gousse d’ail. Ne lui manquait plus que la dent de dragon : si tout se passait comme prévu, Cloporte allait lui apporter, et il pourrait alors délivrer la princesse de l’emprise de Cloche et rétablir la balance du côté du bien.
Cloporte quitta la demeure de Merlin, persuadé qu’elle avait enfin trouvé l’explication rationnelle qui pouvait combler ce manque dans sa vie. C’était sûr, Merlin avait raison : aussi, si elle lui apportait la dent de dragon, il pourrait lui préparer ce qu’il faut pour que la bonne fée se penche sur elle. Une fois que la fée l’aura bénie, elle trouverait sans difficulté son Prince.
À suivre…
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awww…Pauvre Cloporte