Cette nouvelle en plusieurs parties démarre ici.
Cloporte avala sa décoction, se frotta la main contre le visage, et s’allongea. Seulement, elle n’avait pas sommeil. Quelque chose n’allait pas : elle aurait du voir son Prince charmant. Si ce n’était aujourd’hui, elle aurait du le voir, au moins un autre jour de sa longue vie, durant laquelle elle avait méticuleusement et patiemment attendu. Cloporte était tracassée, beaucoup plus tracassée qu’à son habitude. Quelque chose n’allait pas. Était-ce elle ? Avait-elle oublié de faire une de ces choses que devraient faire naturellement toutes les princesses, et dont l’action provoque l’arrivée imminente d’un Prince ? Était-ce la faute d’une mauvaise fée qui lui aurait jeté un quelconque présage maléfique ? Pouvait-elle faire quelque chose ? Demander conseil à quelqu’un ? Ne risquait-elle pas de mourir sans jamais avoir caressé du regard son doux Prince ?
Ce matin là, Cloporte resta sur son lit, sans réussir le moins du monde à s’endormir. Sur le dos, sur le côté, sur le ventre, sur les draps, les jambes en croix ; aucune configuration ne donnait plus de succès qu’une autre, si bien qu’à midi, las de ne trouver ni le Prince, ni le sommeil, elle se leva et se dirigea vers sa toilette.
Si son miroir avait été doté de quelques capacités à la surprise, c’est précisément la chose qu’il aurait exprimé en voyant la princesse ce jour là. De mémoire de miroir, cela faisait des années que l’on avait vu celle-ci éprouver des difficultés à s’endormir. Pas depuis la potion miracle de l’alchimiste. Cependant, son miroir était un miroir conventionnel, qui ne savait que refléter les images. Il reflétait la tête bouffie de la princesse, son teint pâle, sa peau vieillie par le regret et attaquée par des rides précoces et des verrues putréfiees.
La princesse se rinça rapidement la tête — comme pour se rincer rapidement les idées — puis se dirigea vers sa garde-robe. Ce jour-là, elle choisit sa plus belle robe : elle était en soie noire, avec de la dentelle rouge, presque à sa taille. Ses mites l’avaient relativement bien épargné.
Une fois sortie, elle héla une cariolle et se fit transporter vers la hutte de Merlin.
À suivre…



